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Au Brésil, le peuple yanomami victime d’un «génocide» prévisible

La crise humanitaire qui touche les indigènes émeut le pays tout entier. Des centaines de personnes souffrent de malnutrition et de malaria, dues à la destruction de leur environnement par l’exploitation minière illégale. Plus de 500 enfants sont morts durant le mandat de Jair Bolsonaro, accusé d’être responsable de cette hécatombe

Des Indiens Yanomamis dans les rues de Boa Vista, le 31 janvier 2023. [Michael Dantas | AFP]

A l'intérieur de l'avion, une vingtaine de palettes sont enveloppées d'un tissu kaki. Chacune contient des dizaines de paniers de base remplis de riz, de haricots, de farine, de lait en poudre et de boîtes de sardines. Une à une, les palettes glissent le long des rails avant d'être larguées à quelques centaines de mètres au-dessus d'un camp d'Indiens yanomamis, situé dans la région amazonienne de Surucucu, au coeur d'une réserve indigène officiellement protégée, qui s'étend sur 9 millions d'hectares. Depuis le 21 janvier et la visite du président Lula dans ce territoire situé près de la frontière avec le Venezuela, l'armée de l'air brésilienne participe à l'aide humanitaire destinée à porter secours aux quelque 30 000 personnes qui souffrent de malnutrition et de malaria.


« Ces quatre dernières années, des orpailleurs illégaux sont entrés en force dans des zones auparavant difficiles d'accès, en particulier sur les terres yanomamis », explique Rose Padilha, anthropologue et membre du Conseil indigéniste missionnaire de l'Acre (Cimi). « A travers leurs activités, ils ont déboisé de larges surfaces et contaminé les rivières au mercure, affectant ainsi la chasse et la pêche. » D'après l'Institut socio-environnemental (ISA), entre octobre 2018 et fin 2022, la zone détruite par l'orpaillage illégal dans le territoire a quadruplé, passant de 1200 à plus de 5000 hectares. Et selon l'association yanomami Hutukara, il y aurait aujourd'hui près de 20 000 orpailleurs illégaux dans la région.


Greenpeace a signalé, en décembre 2022, que ces derniers y avaient tracé une route de 150 kilomètres pour pouvoir expédier des machines lourdes telles que des pelles hydrauliques à haute puissance de destruction. Plusieurs pistes d'atterrissage ont également été construites pour faciliter le transport des marchandises et des personnes, ainsi que l'acheminement de l'or extrait.


De nombreuses alertes ignorées

« La situation s'est considérablement aggravée ces dernières années sous le mandat de l'ancien président Jair Bolsonaro, souligne Rose Padilha. Il a encouragé l'exploitation minière en Amazonie et a défendu la possibilité de légaliser cette activité dans les territoires indigènes, y compris ceux officiellement protégés. » Dans le même temps, l'ex-président et son gouvernement sont suspectés d'avoir laissé empirer une situation sanitaire déjà alarmante, notamment pour les enfants. C'est ce que dénonce Davi Kopenawa, leader des Yanomamis. Pour lui, « le gouvernement Bolsonaro est responsable de la mort d'au moins 570 enfants indigènes » . Selon le Ministère brésilien des droits de l'homme, le gouvernement précédent aurait sciemment ignoré plusieurs de ses alertes, ainsi que des recommandations d'entités nationales et internationales telles que l'ONU. De quoi pousser Flavio Dino, le ministre de la Justice, à demander l'ouverture d'une enquête la semaine dernière à l'encontre de Jair Bolsonaro, pour soupçon de génocide. Une action suivie par la Cour suprême fédérale, qui vérifie en outre si le gouvernement de l'ex-président a fourni de fausses informations sur les aides offertes aux indigènes.


Ces différentes investigations sont approuvées par André Roncaglia, professeur d'économie à l'Université de São Paulo (Unifesp). « Dans le cas de l'exploitation minière, estime-t-il, la surveillance a été insuffisante pour empêcher la régularisation de l'or extrait illégalement des réserves indigènes, lequel a donc pu atteindre le marché international, renforçant ainsi les incitations économiques. » En écho à la demande de nombreuses organisations de protection de l'environnement et des droits des indigènes, André Roncaglia estime donc que l'Etat brésilien doit reprendre la gouvernance intégrale de la région.


En attendant, l'urgence pour le gouvernement de Lula est de protéger les Indiens yanomamis des orpailleurs illégaux. Dans cet esprit, un nouveau décret de la Fondation nationale des peuples autochtones (Funai) et du Secrétariat spécial de la santé indigène (Sesai) stipule que les entrées sur le territoire indigène sont strictement limitées au personnel de santé et aux militaires qui portent secours aux Indiens. Dans les airs aussi, c'est tolérance zéro. Des avions des forces armées sillonnent la région, transportant à leur bord des radars de haute précision destinés à identifier tout vol clandestin. L'opération a été baptisée « Bouclier Yanomami » .


DÉCLARATION Lula se dit « certain » que Bolsonaro a fomenté la tentative de putsch « Aujourd'hui, je suis conscient et je le dis haut et fort: ce citoyen [l'ancien président Jair Bolsonaro) a préparé le coup d'Etat », a affirmé hier le dirigeant brésilien Luiz Inacio Lula da Silva dans une interview accordée à la chaîne de télévision locale RedeTV. Ces déclarations interviennent le même jour que celles du sénateur Marcos do Val, qui a assuré avoir participé à une réunion avec l'ex-président où il était question d'empêcher l'arrivée au pouvoir de Lula.Selon ses avocats, Jair Bolsonaro a déposé une demande d'extension de son visa de six mois pour rester aux Etats-Unis. Il nie avoir quelque lien que ce soit avec les événements du 8 janvier.

 

(c) 2023, Le Temps


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