Crimes contre l’humanité et tortures : la guerre du Liberia devant la justice française

Combattant libérien, Kunti Kamara est accusé d’avoir commis plusieurs exactions durant la guerre du Liberia, en 1993 et 1994. Son procès s’est ouvert à la cour d’assises de Paris, lundi 10 octobre 2022.


Depuis lundi 10 octobre, Kunti Kamara est jugé pour complicité de crimes contre l’humanité devant la cour d’assises de Paris.© ISSOUF SANOGO / AFP


Devant la cour d’assises de Paris, Kunti Kamara répond à plusieurs chefs d’accusations : complicité de crimes contre l’humanité, tortures et actes de barbarie, entre 1993 et 1994, pendant la première guerre civile du Liberia (1989-1996). Jugé depuis lundi 10 octobre 2022, il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.


C’est le cinquième procès intenté au nom de la compétence universelle de la justice française à juger des crimes les plus graves, même si les faits se sont déroulés hors de son sol, par des ressortissants étrangers. Les quatre précédents concernaient le génocide des Tutsis au Rwanda.


Appelé « Co Kunti », pour Commanding officer Kunti, le Libérien de 47 ans était à la tête d’un contingent d’hommes du Mouvement uni de libération pour la démocratie (Ulimo) opposé au Front national patriotique du Liberia (NPFL), dirigé par Charles Taylor, sur fond de conflits ethniques.


Acte de cannibalisme

Neuf personnes physiques et l’ONG suisse Civitas Maxima, à l’origine de la plainte contre Kunti Kamara, se sont constituées parties civiles. « Grâce à un dispositif spécial, existant pour les procès rwandais, la Chancellerie prend en charge le déplacement et le logement des témoins et des parties civiles », souligne Me Sabrina Delattre, leur avocate, devant la salle d’audience. Venus pour la plupart du Liberia, ils sont accompagnés en France par l’association Paris aide aux victimes.


Au cours de l’instruction, trois hommes et une femme, originaires du comté de Lofa, au nord-ouest du pays, ont témoigné des atrocités vécues. Jasper C. a raconté avoir assisté au meurtre de David Ndeminin, un instituteur tué sur ordre de l’accusé, comme le rapporte Le Monde, lundi 17 octobre. Le témoin a décrit le « supplice du tabé », qui consiste à attacher les bras de la victime dans le dos, au niveau des coudes, pour élargir sa cage thoracique et le rouer de coups. Les tortionnaires lui auraient ensuite arraché le cœur pour le manger en public.