• Pierre Lepidi

Génocide au Rwanda: Bucyibaruta condamné pour n’avoir pas choisi "la voie de la désobéissance"

La cour d’assises de Paris a condamné l’ancien préfet de Gikongoro à vingt ans de prison pour « complicité de génocide et de crimes contre l’humanité ».


Laurent Bucyibaruta, during an interview recorded for the french program Envoyé Spécial, in 2001. © France Télévisions


A la lecture du jugement, il n’a esquissé aucun mouvement, aucune réaction. Mardi 12 juillet, après environ onze heures de délibérations, la cour d’assises de Paris a condamné Laurent Bucyibaruta, préfet rwandais pendant le génocide des Tutsi, à vingt ans de prison. L’ancien haut fonctionnaire, contre lequel le ministère public avait requis la réclusion à perpétuité, a été acquitté en tant qu’auteur de génocide mais reconnu coupable de « complicité de génocide et de crimes contre l’humanité », notamment pour les massacres de l’école de Murambi et les paroisses de Cyanika et Kaduha, le 21 avril 1994. Sur l’ensemble de sa préfecture de Gikongoro, située dans le sud-ouest du Rwanda, 125 000 Tutsi furent exterminés au cours du printemps 1994.


« C’est une relative déception », a déclaré Alain Gauthier, président du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), à la sortie du tribunal : « Le fait que l’accusé ne soit condamné que pour des faits de complicité n’est pas satisfaisant. » « C’est un soulagement, mais il laisse un goût amer », a déploré Etienne Nsanzimana, président d’Ibuka France, l’une des principales associations de victimes du génocide, également partie civile : « A l’heure de ce verdict, j’ai une pensée pour tous les nôtres qui, au cours des massacres, ont été condamnés à mort et sans aucun jugement. » La défense, qui avait demandé l’acquittement, a refusé de commenter le jugement.


Voix faible et monocorde


Commencé le 9 mai, ce procès était le quatrième en France en lien avec le génocide des Tutsi, le premier pour un haut responsable. C’est un homme affaibli de 78 ans qui s’est présenté chaque jour dans la salle d’audience, suite à une plainte déposée en 2000 par la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et l’association Survie. Après avoir invariablement rangé sa canne sous le bureau de ses avocats, Laurent Bucyibaruta, réfugié en France depuis 1997, s’asseyait et écoutait les débats, s’assoupissant parfois. Lors de ses auditions, du lundi 4 au mercredi 6 juillet, il s’est exprimé d’une voix faible et monocorde.


 

(c) 2022 Le Monde

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2022/07/13/genocide-au-rwanda-laurent-bucyibaruta-condamne-pour-n-avoir-pas-choisi-la-voie-de-la-desobeissance_6134596_3212.html

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