Jugé pour crimes contre l'humanité, l'ancien seigneur de guerre libérien habitait Évreux

Débusqué par l’Organisation non gouvernementale Civitas Maxima, il risquait la perpétuité. Ancien chef rebelle libérien, Kunti Kamara était un responsable de l’ULIMO, un groupe armé opposé à l’ex-président libérien Charles Taylor. Pillages, viols, meurtres, torture. Les faits dont il est accusé auraient été commis entre 1992 et 1997 dans le comté du Lofa, dans le nord-ouest du Libéria.


L'ancien chef de guerre libérien comparait aux assises de Paris pour crimes contre l'humanité, tortures et actes de barbarie. [©Marie Amelie Marchal]

Sentant le vent tourner dans son pays, Kunti Kamara a d’abord fui aux Pays-Bas au début des années 2000. Naturalisé néerlandais, il est passé par la Belgique avant d’atterrir en 2016 à Évreux.


« À son arrivé en France, il a d’abord été hébergé par Faliku Donzo (membre de l’association des Libériens d’Évreux), puis par Marie Meledje, une femme ivoirienne rencontrée dans son quartier, et a bénéficié d’indemnités chômage », a détaillé Stéphanie Thiébaut, enquêtrice de personnalité à l’Association de politique criminelle appliquée et de réinsertion sociale (APCARS) au deuxième jour d’audience du procès de l’ancien chef rebelle. Une audience consacrée à la personnalité du tortionnaire présumé.


Accueilli par les Libériens d’Évreux

Entendu par les enquêteurs, le 5 septembre 2018, Faliku Donzo a déclaré qu’il était un réfugié libérien, habitant à Évreux, issu également de l’ethnie des Mandingues. Il a été président de l’association des Libériens d’Évreux.


Kunti Kamara lui a été présenté à son arrivée à Évreux au cours de l’année 2017. Il l’a hébergé, nourri et assisté dans ses démarches administratives auprès des autorités françaises pendant 4 ou 5 mois. Lors de sa déposition, Faliku Donzo a évoqué le côté taiseux de Kunti Kamara qui ne dévoilait que très peu d’informations sur sa vie passée et personnelle.


Décrit par les personnes qui le connaissaient à Évreux comme quelqu’un de « très généreux et toujours prêt à rendre des services », de « super gentil », l’accusé nie tout en bloc. Interrogé par les parties civiles au deuxième jour du procès, sur sa qualité de combattant dans les rangs de l’ULIMO, « Kunti Kamara a tiré un parallèle avec la Seconde Guerre mondiale et déclaré que tous les membres d’un groupe armé ne se rendent pas systématiquement coupables d’atrocités. Il a à nouveau clamé son innocence concernant les crimes dont il est accusé », relate le compte rendu d’audience publié par l’ONG suisse.